nœuds d'écoute, vœux de doute

Exposition au centre culturel Condorcet de Château-Chinon, des travaux réalisés par Marine Chevanse avec la classe de tournage du Lycée François Mitterrand dans la cadre d'une résidence EMA.

vendredi 3 juillet 2026 / vernissage à 15h

nœuds d'écoute, vœux de doute
nœuds d'écoute, vœux de doute

"Invitée par 47-2 et avec le soutien de la DRAC BFC, je m'immisce pendant quatre semaines dans l'atelier des jeunes tourneur·euse·s sur bois.
Ensemble, nous avons entamé une lecture métaphorique du filet, accessoire-outil qui relie mes deux domaines de recherches - le milieu maritime et le milieu sportif. Des lignes de chaîne et des lignes de trame s'entrecroisent. Elles sont à percevoir comme des lignes de vie ; les nœuds comme des points de rencontre entre les êtres ; la surface nouée comme une communauté reliée. Aussi, un filet accueille, recueille, tamise, protège, sépare et bien d'autres choses encore que nous avons répertoriées.

Quoi qu'il en soit, un filet crée une surface, plusieurs filets superposés troublent la vision et la forme des mailles ne laisse pas passer les mêmes choses. Alors que raconte cette trame qui s’est tissée tout au long de la résidence ? Comment et sur quoi se noue un collectif d'une vingtaine d'années ?

On s'approprie des formes de mailles, on personnifie des aiguilles à ramender, on se demande comment se réparer, comment se lier et surtout comment s'écouter au milieu de nos singularités.

Un châssis à fileter de 3 mètres sur 2 se tient à la verticale au milieu de l'atelier. Des groupes interviennent de chaque côté en simultané. Les jeunes mains déjà affûtées s'activent, les conversations aussi, les gestes sont symétriques et des vocabulaires s'inventent : ils·elles créent des chorégraphies de gestes et des onomatopées pour s'accorder. Derrière les mailles en construction, le cœur tourne parfois à la vitesse du tour quand on se murmure des choses, on noue l'indicible, on s'unit par le faire. Là-bas, tous·tes font famille - de celle des faiseur·euse·s.

On imagine aussi de nouveaux nœuds qui pourraient eux aussi raconter quelque chose, comme le Nœud électrique qui retrace les séparations et permettrait de brûler son point de contact à l'autre. En parallèle, je récolte leurs exercices de tournage que je surnomme les bobines. Elles sont marquées de crayons trop épais, d'éclats d'un geste encore imprécis, de doute et d'appréhension que la main tente de supprimer par les mois d'apprentissage. Puis parfois, au milieu de la sciure de bois et de la cordelette en coton, on glisse sous la pulpe de papier les mots qu'on n'a jamais réussi à dire."

Marine Chevanse