onsen-sur-loire
Résidence de création collective.
été 2026
Comment fabriquer, à partir de la Loire et de son ecosystème, une expérience capable de renouveler notre manière de nous relier au fleuve ?
Pour lancer l'aventure Onsen-sur-Loire, Anne Chaniolleau, Dove Perspicacius, Benoît Verjat, Katherine Ball, Claire Boitel et Alexis de Raphelis se sont retrouvé·es pendant une semaine de recherche-création. Pensée comme un laboratoire à échelle 1, cette immersion fut l'occasion d'éprouver, en travaillant uniquement avec des matières de rencontre, ce que pourrait être une expérience collective liée à la Loire et son écosystème. À la croisée de la sculpture, de l'installation et de la performance, nous avons esquissé par les gestes et la présence des corps les contours d'une connexion sensible, pour rencontrer autrement le fleuve et se laisser traverser par son cours et son histoire.
Pour lancer cette semaine d'expérimentation, nous nous sommes réparti·es en deux trios de recherche. D'un côté, une exploration ancrée dans la terre (argile et vase) et le symbole : façonner des ex-voto, dessiner des tatouages sur les peaux, chercher par le geste ce qui fait trace et mémoire. De l'autre, une recherche tournée vers le bain lui-même : apprivoiser les matériaux, penser la ritualité des soins environnants et observer l'impact du bain sur les corps et les esprits. C'est du croisement de ces deux approches, l'une plastique et rituelle, l'autre organique et immersive, qu'a commencé à se dessiner l'identité du projet.
Puis est venu le temps de faire converger toutes les pistes vers l’expérience de fin de semaine. La création s’est alors accélérée dans une dynamique organique, à tâtons mais portée par une énergie commune : confectionner une sorte de serpent de fleuve pour aspirer l’eau de la Loire selon une chorégraphie collective et ajustée ; façonner à plusieurs les ex-voto ainsi que le radeau qui les emportera pour un voyage enflammé au fil de l'eau ; composer un soin à quatre mains où la pierre et le fossile viennent déposer leur mémoire sur le corps. Dans le même temps, nous avons imaginé les motifs gravés sur les serviettes, moulé des tampons pour les tatouages sur peau, poursuivi la filtration de la terre et façonné, touche par touche, la scénographie du bain et de ses abords. Un faire ensemble empirique, vibrant, où chaque geste a contribué à dresser le décor du rituel à venir.
21 juin - Quand le soleil s’est mis à décliner, nous nous sommes rassemblé·es sur la grève de fossiles, là où le fleuve dépose ses histoires depuis le Jurassique supérieur.
Là, chacun·e s’est laissé·e guider par le regard et le toucher pour ramasser quelques pierres, en prenant le temps de les observer et d'éprouver leur forme, leur couleur, leur texture...
Après la collecte, direction la Loire vers des draps blancs étalés sur des lits de végétaux. Là, par trios, s'est déployée l'expérience du soin : une personne allongée, remise à la présence attentive des deux autres. Un temps suspendu pour s'échapper de soi, rythmé par la chaleur des pierres déposées sur le corps, les courants d'air crées par le mouvements des serviettes peintes, et le glissement du sable allant et venant au cœur des tiges de renouée.
Puis le cercle s’est resserré autour du bain. On y a mis de nouveaux végétaux avant d’y positionner les grands draps chargés des soins précédents. C’est alors qu’a commencé la chorégraphie du serpent : une suite de gestes synchronisés pour tenter de puiser l'eau de la Loire et remplir le bassin. Même si l'eau n'a pu le remplir tout à fait, s’y retrouver immergé un instant, le corps maintenu sous le niveau réel du fleuve, a provoqué un vertige troublant, la sensation première d'une renaissance au creux de son lit.
À mesure que la pénombre s'installait, les gestes se sont tournés vers les tatouages. D'un corps à l'autre, les tampons ont imprimé des motifs répétés, mais aussi des formes tracées à la main comme autant d'empreintes pour échapper, un instant, à sa condition initiale. Mais la nuit nous a enveloppé·es de plus en plus profondément, arrêtant le geste là où la lumière s'éteignait.
Dans l'obscurité désormais installée, chacun·e a choisi ses ex-voto selon ses intuitions, pour y déposer une pensée intime. Ces objets de terre crue ont trouvé leur place sur le radeau, avant que nous n'y mettions collectivement le feu au milieu du fleuve. En brûlant, l'embarcation s'est arrachée à sa base puis à lentement dérivée, portée par le courant et suivie de près, dans la nuit, par les silhouettes de Dove et Katherine.
Un grand merci à Karine, Medhi, Aurore, Françoise et Mathieu d'avoir participé à cette première expérience avec nous.





